Congés non pris au 31 décembre : sont-ils définitivement perdus ?

Report, indemnisation, congés acquis pendant un arrêt maladie : ce que votre employeur doit accepter et ce qu'il peut refuser avant la clôture.

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Photo : Isaac Smith / Unsplash

Chaque fin d'année, la même angoisse revient : il vous reste des jours de congés payés sur votre compteur, et le 31 décembre approche à grands pas. Vont-ils tout simplement disparaître ? La réponse est plus nuancée qu'il n'y paraît, et beaucoup de salariés perdent des droits par simple méconnaissance des règles.

En France, le principe général veut que les congés payés non pris à la fin de la période de référence soient perdus. Mais ce principe souffre de nombreuses exceptions, notamment lorsque l'employeur est responsable de l'impossibilité de les poser, ou lorsque le salarié était en arrêt maladie. La jurisprudence récente, très favorable aux salariés, a d'ailleurs bouleversé ces certitudes.

Voyons concrètement ce que votre employeur doit accepter, ce qu'il peut refuser, et comment éviter de perdre des jours durement acquis avant la clôture annuelle.

Le principe : des congés perdus au 31 décembre, vraiment ?

En l'absence d'accord d'entreprise particulier, la période de prise des congés payés correspond souvent à l'année civile, ou court du 1er juin au 31 mai selon les conventions collectives. À la fin de cette période, les congés acquis et non pris sont en principe perdus, sans report ni indemnisation automatique.

Pour rappel, un salarié acquiert 2,5 jours ouvrables de congés par mois travaillé, soit 30 jours ouvrables (5 semaines) sur une année complète. Ces jours doivent en théorie être soldés avant la clôture de la période.

Mais attention : ce principe ne s'applique que si l'employeur a bien rempli ses obligations. Il doit informer chaque salarié de ses droits et lui permettre effectivement de poser ses congés. À défaut, la perte n'est pas opposable au salarié.

L'obligation d'information de l'employeur

Depuis plusieurs arrêts de la Cour de cassation (notamment en 2023), l'employeur doit prouver qu'il a mis le salarié en mesure de prendre ses congés. S'il n'a pas communiqué les dates limites ni incité le salarié à poser ses jours, ces congés ne peuvent pas être perdus : ils doivent être reportés ou indemnisés.

À retenir : Vos congés ne sont pas automatiquement perdus au 31 décembre. Si l'employeur ne vous a pas mis en mesure de les poser, ou si vous étiez en arrêt maladie, ils doivent être reportés ou indemnisés. La charge de la preuve pèse sur l'employeur, pas sur vous.

Les cas où le report des congés est obligatoire

Plusieurs situations imposent à l'employeur d'accepter le report des congés payés non pris au-delà du 31 décembre ou de la fin de période.

Le cas le plus fréquent concerne l'arrêt maladie. La réglementation française, alignée depuis 2024 sur le droit européen, prévoit désormais que les congés continuent d'être acquis pendant un arrêt maladie, même non professionnel (dans la limite de 24 jours ouvrables par an pour les arrêts non professionnels).

Congés acquis pendant un arrêt maladie

Si vous étiez en arrêt maladie et n'avez pas pu poser vos congés, l'employeur doit vous accorder une période de report. Le salarié dispose d'un délai de report de 15 mois après la reprise du travail pour utiliser ces jours. L'employeur a par ailleurs l'obligation d'informer le salarié, dans un délai d'un mois après la reprise, du nombre de jours disponibles et de la date limite pour les prendre.

Indemnisation : quand les congés non pris peuvent-ils être payés ?

Contrairement à une idée répandue, l'employeur ne peut pas remplacer la prise de congés par une indemnité pour un salarié en poste. Le congé a une finalité de repos : il doit être pris, pas monétisé. Payer les congés plutôt que de les faire prendre est même interdit pendant l'exécution du contrat.

L'indemnité compensatrice de congés payés n'intervient donc que dans deux cas principaux : à la rupture du contrat de travail (démission, licenciement, fin de CDD), ou lorsque les congés n'ont pas pu être pris du fait de l'employeur.

Si l'employeur vous a empêché de poser vos congés (surcharge de travail, refus répété, absence d'information), et que ces jours sont perdus, vous pouvez réclamer une indemnité équivalente, voire des dommages et intérêts. Le montant correspond à la rémunération que vous auriez perçue pendant ces jours de congés.

Comment protéger vos droits avant la clôture

Pour éviter toute mauvaise surprise, adoptez quelques réflexes simples dès l'automne.

Vérifiez votre solde de congés sur votre bulletin de paie ou votre logiciel RH. Posez vos demandes de congés par écrit (email ou courrier) afin de conserver une preuve. En cas de refus de l'employeur, demandez-lui de le formaliser par écrit : cela constituera un élément clé si vous réclamez un report ou une indemnisation.

Si vous constatez que vous ne pourrez pas solder vos congés à temps, signalez-le rapidement à votre hiérarchie et à votre service RH. Un accord amiable de report est toujours préférable à un contentieux.

Questions fréquentes

Mon employeur peut-il refuser le report de mes congés non pris ?

Oui, si vous aviez la possibilité de les poser et que vous ne l'avez pas fait sans motif valable. En revanche, il ne peut pas refuser le report si vous étiez en arrêt maladie, en congé maternité, ou s'il ne vous a pas informé de vos droits.

Puis-je demander à être payé pour mes congés non pris si je reste dans l'entreprise ?

Non. Tant que votre contrat est en cours, les congés doivent être pris, pas monétisés. L'indemnité compensatrice n'est due qu'à la rupture du contrat ou si l'employeur vous a empêché de les prendre.

Combien de temps ai-je pour poser les congés acquis pendant un arrêt maladie ?

Vous disposez d'un délai de report de 15 mois à compter de votre reprise du travail, sous réserve que l'employeur vous ait informé de vos droits dans le mois suivant votre retour.

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